Dame Valérie Adams : more than gold revient sur le parcours hors norme de cette athlète néozélandaise, d’origine tongienne, grande championne de lancer de poids et sur sa vie de femme. Une véritable leçon, réalisée par Briar March.
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C’est l’histoire d’une petite fille qui se pensait trop grande et qui essayait de se cacher. À 12 ans, Valérie Adams fait 1,97 mètre et chausse du 47 : « On me voyait à des kilomètres », et ce malgré sa tendance à baisser la tête. Elle est rapidement repérée par ses professeurs de sport qui lui proposent de faire de la compétition en lancer de poids. À sa première compétition, elle s’avance vers le cercle, pieds nus, lance le poids, et bat le record dans sa catégorie. Sa professeure l’emmène faire les magasins et lui achète sa première paire de chaussures de sport : « La sensation était magique », raconte-t-elle. Elle est envoyée aux championnats du monde de Pologne. Elle n’arrive qu’à la 8e place mais sa déception est vite effacée par un accueil incroyable quand elle revient au pays : « Ma mère était si heureuse et fière… » Malheureusement elle va la perdre à ses 16 ans. Sa mère est emportée par un cancer et son beau-père lui dit qu’elle n’est pas sa fille, qu’elle doit faire sa vie et la met à la porte. Valérie Adams va partir vivre chez sa première coach et fait la promesse de poursuivre son rêve : arriver aux Jeux Olympiques. « J’ai fait mon deuil grâce à l’entrainement. » Un entrainement qui paye puisqu’elle remporte ses premiers championnats du monde cadet à 17 ans. « J’étais timide, avachie mais aujourd’hui je me tiens bien droite. » C’est le début d’une longue carrière au palmarès impressionnant : deux titres olympiques (2008 à Pékin et 2012 à Londres), médaille d’argent (2016 à Rio) et médaille de bronze (2020 à Tokyo), quadruple championne du monde, quadruple championne du monde en salle, triple championne des Jeux du Commonwealth, détentrice des records d’Océanie et 15 fois championne nationale.
Le documentaire retrace ce parcours incroyable et sa vie de femme qui sera jalonnée d’épreuves : un premier mari violent dont elle finira par divorcer, un second mariage heureux mais on lui découvre une endométriose très grave et ils ne pourront avoir des enfants que grâce à deux FIV, elle apprend ensuite que son fils a un diabète de type 1 et sa fille est autiste, elle-même passe tout près de la mort après son second accouchement et sera réopérée plusieurs fois. « Dame Valérie Adams est le Michael Jordan du lancer de poids ! Pendant 10 ans, elle a gagné toutes les compétitions auxquelles elle a participé. Elle a eu une carrière de 25 ans. Très peu d’athlètes ont eu ce type de palmarès. Elle a surpassé beaucoup de choses dans sa vie. Son histoire est incroyable », explique la réalisatrice Briar March. C’est en entendant qu’elle préparait ses 5e olympiades avec les Jeux de Tokyo qu’elle a souhaité faire son portrait. L’athlète a alors 36 ans et ce seront sûrement ses derniers JO. « C’était le bon moment pour retracer sa vie. » C’est Valérie Adams, elle-même, qui est la narratrice du film, racontant sa vie, passant de son histoire à sa préparation actuelle pour les JO de Tokyo. C’est aussi le « portrait contemporain du fonctionnement de la famille tongienne », précise Briar March, insistant sur l’entourage de l’athlète, notamment son mari d’un soutien et d’un amour sans faille, et la mère de celui-ci que Valérie considère comme sa propre mère.
Mais c’est surtout cette femme qui impressionne. Icône des temps moderne. « Pour Valérie c’était délicat. On a passé beaucoup de temps en interview pour explorer toutes les parties de son histoire. C’était des moments très prenants, il y a eu des sujets très lourds alors que sa priorité était d’aller aux Jeux de Tokyo. Mais elle l’a fait car elle voit le rôle qu’elle peut jouer pour les autres, spécialement pour les mères, les autres athlètes… Elle prend ce rôle de modèle très au sérieux. » Son histoire montre aussi la discipline de l’athlète : « Quand tu es en compétition, il faut être présent, fort, gérer le stress, rester positif. Si des choses vont mal, il faut les mettre de côté. Il faut savoir collaborer avec le coach et rester ouvert à ses critiques. Il faut être discipliné et revenir tous les jours faire la même chose », liste admirative Briar March. Et toutes ces compétences, Valérie Adams les a appliquées à sa vie personnelle. « Elle doit faire face à beaucoup de challenges. C’est un tel exemple de résilience ! » L’équipe du film s’est d’ailleurs déplacé à Tonga pour la première projection publique du film alors que sa population faisait face à beaucoup challenges : le tsunami, les éruptions volcaniques, le Covid. « Tout le monde pleurait, chantait, c’était très intense comme expérience pour moi. » Lors de la présentation du film pendant un Inside the doc, un spectateur a résumé son sentiment : « Cette dame nous a donné une leçon de vie. C’est exceptionnel d’arriver à ce niveau-là. C’est unique. Merci. »
Lucie Rabréaud – FIFO