Ils étaient sept à avoir été retenus pour participer au workshop Impact pitch, organisé pendant le Fifo, sur quatre jours. Chacun, venu seul ou en équipe, avait une histoire puissante à raconter, et venait apprendre à la vendre en quelques minutes. Sharlene George et Joshua Baker ont remporté le prix du meilleur pitch pour leur futur documentaire, Beneath the moana.

Ce jeudi après-midi, il y avait beaucoup de monde à attendre devant le petit théâtre de la Maison de la culture. Des professionnels, des amis, des curieux, tous venus assister au passage devant le jury des participants au workshop Oceania Impact pitch for indigenation. Mais avant de pouvoir monter sur la scène, les sept candidats ont travaillé depuis lundi sur leur pitch, c’est-à-dire la présentation rapide, claire et potentiellement marquante, de leur projet de documentaire d’impact. Ce n’est pas la première fois que des sessions de pitch sont organisées au FIFO mais elles ne l’avaient plus été depuis dix ans. Et ce fut un retour enthousiasmant ! Première journée du workshop, chacun s’est présenté, a parlé de son projet, de son pays et la formatrice, Hollie Fifer, réalisatrice qui, elle-même a pitché au Fifo, réalisé son documentaire et gagné le grand prix, les a tout de suite mis dans le bain avec les objectifs de l’impact : des documentaires puissants, révélant des histoires inconnues ou cachées, souhaitant apporter des changements dans la société, suivis d’une campagne d’information. « Réaliser un film est très difficile, parfois on s’isole, les financements sont compliqués à obtenir… Vous êtes partis pour un grand voyage », leur a-t-elle expliqué. Et peu importe le stade où chacun était rendu dans son projet, Hollie Fifer a prévenu qu’elle allait « les pousser encore plus loin ». Durant cette semaine, ils ont pitché, été mis en conditions réelles et ont appris à trouver les mots qui résonnent pour vendre leur projet. Ils ont également réfléchi au public ciblé, à leur plan de financement, à leur stratégie, à leur équipe, à leurs besoins… Heremoana Maamaatuaiahutapu, ancien ministre de la Culture et expert en art oratoire, est venu leur présenter le orero. Son histoire, sa présence sur toutes les îles du Pacifique, ses différentes formes selon les situations, sa fonction ancienne et ce qu’il est devenu aujourd’hui. « Le orero est un bon moyen pour nos élèves d’apprendre à vaincre leur timidité. » Puis tous ensemble ils ont chanté Te pāta’u no te ‘uru. « J’espère que ce pāta’u va vous donner le mana devant le jury ! »

Et du mana il en faut aussi tout au long de ce travail car généralement les sujets sont difficiles. Trois documentaires, sélectionnés en compétition, entraient dans cette catégorie particulière de l’impact : Circle of silence (prix spécial du jury), Kaugere, a place where nobody enters (Grand prix du Fifo) et Tribal sisters. Leurs réalisateurs ont expliqué vouloir montrer la réalité. « Le Timor a été occupé longtemps et il y a très peu de ressources pour les Timorais pour comprendre leur histoire. J’essaye de montrer ce film partout pour qu’il soit vu dans toute la région. Le film met en avant des voix qui avaient été étouffées. Je voulais ouvrir les yeux de personnes qui pensaient connaitre l’histoire mais ne réalisaient pas le rôle des gouvernements australiens », a expliqué Luigi Acquisto, coréalisateur de Circle of silence, révélant les rôles de l’Indonésie et de l’Australie dans la mort de cinq journalistes au Timor en 1975.  Pour Stephen Dupont, réalisateur de Kaugere (un quartier misérable de Port-Moresby où un homme redonne de l’espoir avec le rugby) il y avait la même intention : « mettre en avant les difficultés de cette communauté et de la famille Muri, en restant vrai et honnête. La vérité est parfois difficile à regarder. » Enfin, Jackie Kauli et Verena Thomas, les coréalisatrices de Tribal sisters, retraçant l’histoire étonnante de trois femmes qui ont créé un mouvement pour la paix en Papouasie-Nouvelle-Guinée, souhaitaient « amplifier la voix de ces femmes » en utilisant leur documentaire comme un outil, en le diffusant le plus largement possible. 

Parmi les sept participants au Workshop, deux étaient de Polynésie française. Toarii Pouira ramenait un projet appelé ‘Anāvai, s’intéressant aux rivières et Kahu Kaiha présentait Kakaia, du nom d’un groupe de danse des Marquises devenu un puissant mouvement culturel. Le premier ouvrait la session devant le jury et le second la fermait. Entre eux, des projets venus de tout le Pacifique : Beneath the moana sur l’industrie de l’extraction minière en eaux profondes, notamment aux îles Cook ; De la ferme à l’école sur l’autosuffisance alimentaire au Vanuatu ; Illegal ink sur la discrimination des personnes tatouées au visage ou aux mains en Australie ; Saving Tuvalu sur le téléchargement de l’île et de sa culture dans le métavers ; et The Handsome savage sur Philip Taueki, un propriétaire terrien māori. Tous « des histoires fortes qui espèrent créer un changement dans la société ». Chacun avait sept minutes pour présenter son film et sept minutes pour répondre au jury. Parmi le public, un parterre de professionnels et donc d’opportunités pour les pitcheurs : « Un producteur et un diffuseur sont venus me voir après ma présentation donc ça a marché, sourit Toarii Pouira. On a commencé à pitcher dès lundi et finalement on s’est inspiré et nourri les uns des autres. Il y a eu une belle synergie. Ce workshop et ce concours sont une chance car il y avait des gens parmi le public qui cherchaient des films ou étaient intéressés par ces projets. » Kahu Kaiha semblait lui aussi satisfait de son passage, marqué par un final puissant avec d’autres membres du groupe de danse Kakaia qui sont montés sur scène. « C’était très instructif, comment vendre une idée en cinq minutes ? C’est difficile. Pour moi, c’était une première, je n’avais jamais fait de pitch avant donc j’ai beaucoup appris. Être réalisateur c’est aussi être un activiste. J’ai été un activiste toute ma vie maintenant je veux être réalisateur pour faire passer mes messages et de développer mon côté artistique. »

Des sept participants, Sharlene George et Joshua Baker sont les gagnants pour leur documentaire Beneath the moana, exploring deep sea mining in the Pacific, dénonçant l’exploitation minière en eaux profondes. Ils remportent donc le prix de l’Oceania Impact Pitch, accompagné d’un chèque de 200 000 Fcfp.