Ils sont peu nombreux à n’avoir jamais entendu ce nom : Duke. Paoa Kahanamoku, surnommé Duke, était une légende vivante dans les années 1910 pour avoir été cinq fois médaillé olympique de natation et surtout pour avoir fait des démonstrations de surf, devenues mythiques. Le documentaire en compétition, Waterman, raconte son histoire.

Hawaii en 1910. Les temps sont difficiles pour le peuple hawaiien. Paoa Kahanamoku nait dans une société colonisée où le racisme imprègne le quotidien. « Il a changé des vies en étant simplement lui-même, c’est le meilleur athlète mondial du XXe siècle et le premier Polynésien à faire le tour du monde », raconte Jason Momoa, le narrateur du documentaire. Duke, son surnom, va simplement devenir « waterman ». Il apprend auprès de son père à nager, à pêcher, à vivre en harmonie avec l’esprit du aloha hawaiien. Quand des clubs de sport se créent, ils sont réservés aux blancs, aux riches. Pas de place pour les ouvriers et encore moins pour les Hawaiiens. Mais ceux-là vont se rebeller et créer leur propre club qui sera mixte, hommes, femmes, de n’importe quelle origine, sont les bienvenus et Duke est leur professeur. En août 1911, une compétition de natation est organisée. Duke prend le départ « pour le fun ». Mais selon les chronomètres, il bat le record du monde de plusieurs secondes. Pas possible ! Il est fêté mais également soupçonné. On n’y croit pas. Un an plus tard, il est envoyé dans une compétition internationale. Lui qui n’a jamais nagé en piscine, dans une eau froide, se retrouve incapable de finir la course. On se moque de lui. Un coach va deviner son potentiel et le prendre sous son aile. À force de travailler, il parvient à être sélectionné dans l’équipe olympique américaine de natation. Cette fois, il finit bien la course, gagne la médaille d’or et bat encore une fois le record du monde aux 100 mètres.

Si son palmarès sportif est impressionnant, surtout à une époque où il y a de la ségrégation, c’est la personnalité de Duke qui est attachante et qui en fera une légende. « Son esprit d’ouverture, son sourire, sa gentille, un exemple d’humanité. » Sa façon de ne pas s’attarder sur les remarques racistes qu’il entend. Et puis c’est un vrai showman quand il fait ses démonstrations de surf. Cécil Healy, son adversaire australien, l’invite chez lui pour des compétitions de natation mais tous veulent le voir surfer. Il fabrique donc sa propre planche en bois et se lance sur les vagues. À l’époque, c’est une véritable nouveauté de voir quelqu’un passer les rouleaux pour aller au pic et prendre la vague. À l’époque, les gens pensent qu’il est fou, qu’il va mourir mais pas du tout. Il relève même le défi que lui lance un journaliste de surfer en prenant quelqu’un sur ses épaules. L’Australie est estomaquée ! « En voyageant à travers la Polynésie, beaucoup d’indigènes et de locaux se sont reconnus en lui. Il était célébré à travers le monde », raconte Isabel Cathcart, la productrice du film qui lui est consacré. Il est invité partout dans le monde pour faire des démonstrations de surf. Il partira ensuite à Hollywood rêvant d’une carrière dans le cinéma mais il est abonné aux rôles de figurant et n’obtiendra jamais de grand rôle.

De retour à Hawaii, Duke va faire partie des « beach boys ». Puis en 1925, un drame se déroule sous ses yeux : un bateau chavire dans les vagues. Malgré l’état de la mer, il va s’élancer avec sa planche et sauver huit personnes sur les dix-sept. Il n’en fera jamais état et au contraire se cachera des journalistes pour éviter de parler. Puis c’est le boom du surf et toutes les personnalités se précipitent à Hawaii pour rendre visite à la légende Duke. Il mourra à 77 ans mais son héritage est encore bien vivant. Plusieurs surfeurs témoignent dans le documentaire de l’inspiration qu’il est pour eux, un exemple à suivre, une idole. « 60 ans après sa mort, il est resté dans l’esprit des gens qui ne l’ont pas connu vivant. On a tous appris beaucoup de choses en faisant ce film. Et c’est très spécial d’être là, à Tahiti, alors que l’épreuve du surf des prochains JO se déroulera ici l’année prochaine », explique Isabel Cathcart. Duke surfait « pour le fun » mais il rêvait de voir son sport favori inscrit aux épreuves des Jeux Olympiques. Aujourd’hui, il n’est plus aussi connu par la nouvelle génération. « Ils connaissent son nom mais pas sa vie. La production a offert ce film aux écoles et on espère étendre ce don à toute la Polynésie. Que l’héritage de Duke ne soit pas perdu. C’était une personne très spéciale », conclut la productrice.

Lucie Rabréaud – FIFO