Motu Haka est un documentaire sur le combat pour la défense de l’héritage culturel des Marquisiens. Dans ce film, en sélection de la 20e édition du FIFO, les paroles des anciens résonnent dans celles de jeunes. Le message y est fort et universel. Rencontre avec l’équipe du film.
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Une rencontre intense qui a commencé par un chant marquisien. Il a résonné et fait trembler les murs de la Maison de la Culture. Ce chant a ouvert les Inside the Doc de cette 20e édition du FIFO. Pour la première journée de rencontres, les personnages du film Motu Haka se sont réunis sous le pae pae a Hiro de la Maison de la Culture. Ce documentaire, sélectionné en compétition, raconte le combat des anciens et des jeunes pour sauvegarder et valoriser la culture de leur terre, de leur archipel. Une culture qui a été détruite durant des décennies par les colons. Le tatouage, la danse, la langue… Rien n’a été épargné. Ce film aux témoignages forts porte la puissance des paroles des Marquisiens magnifiées par la beauté des images. Tout commence par un coup de cœur et une prise de conscience. Le réalisateur a découvert les Marquises il y a une dizaine d’année lors d’une reportage pour l’émission Des racines et des ailes. « Ca m’a permis de mieux comprendre le monde dans lequel je vivais et l’histoire de cet archipel, sa force, son histoire. J’ai découvert quelque chose d’universel … Il faut raconter le message des Marquisiens pour tous les peuples du monde car l’histoire qui y est racontée, tout le monde peut s’y reconnaître », confie Raynald Mérienne qui s’est attaché à rassembler anciens et jeunes générations dans son film.
Continuer à transmettre
Ce documentaire est d’abord l’histoire d’une rencontre avec les membres de l’association Motu Haka. Motu Haka signifie rassemblement en marquisien. Des mots qui n’ont pas été choisis au hasard… « On a eu cette volonté de se rassembler et d’avancer ensemble. Au départ, on a créé cette association pour sauvegarder la langue et le patrimoine marquisien. Et, tout ce qui va avec. Dans chaque île, des gens avaient la foi dans les actions culturelles que nous menions. On a continué. On est là pour éveiller et réveiller les autres », explique Debora Kimitete. Avec Toti et Ben, ils se sont battus pour se réapproprier leur culture, pour parler le marquisien à l’école, pour construire ensemble le festival des arts des îles Marquises, le fameux Matavaa. Aujourd’hui, ils sont rassurés. La relève est bien là. Depuis 20 ans, Pascal Erhel Hatuuku contribue à promouvoir et faire découvrir son archipel aux touristes locaux ou internationaux. Il a dû (re)apprendre sa culture, sa langue, son patrimoine. Un apprentissage difficile et qui est loin d’être achevé. « Je continue à me nourrir car je veux continuer à transmettre. C’est une évidence », confie l’homme assis à côté de Heretu. Le jeune homme porte sa culture. Co-réalisateur de Patutiki, l’art du tatouage, prix du public du FIFO 2019, Heretu mène un combat permanent pour chercher la connaissance et savoir d’où il vient et qui il est. Un combat qu’il mène avec force mais en toute humilité. « Toutes les choses qu’on réalise aujourd’hui on le doit aux personnes qui ont travaillé à l’époque. Ils ont mis en place des outils de transmission et nous, on continue de le transmettre». Le documentaire Motu Haka est ce genre de film qui se doit d’exister car il est passeur de message et une mémoire vivante.
Suliane Favennec – FIFO