Les Gafa, les plateformes, les réseaux sociaux… Les télévisions régionales font face à de nouveaux challenges depuis plusieurs années et se battent pour continuer à exister alors qu’elles permettent l’expression des pays et des cultures auxquelles elles appartiennent.

Un rendez-vous professionnel était organisé ce vendredi matin au Fifo pour discuter du rôle et de la place des télévisions régionales dans le nouveau paysage audiovisuel. Elles qui incarnent l’expression des pays et des cultures auxquels elles appartiennent et qui participent au maintien du lien social et de la conscience collective, se retrouvent en difficulté. Comment faire pour attirer le public, et spécialement les jeunes générations captivées par Internet et les réseaux sociaux, comment trouver du financement pour produire du contenu de qualité et comment innover ? Face à la multitude d’images et à la concurrence de plus en plus forte, chaque chaine doit s’adapter et développer des initiatives. « Auparavant, la télévision était en concurrence avec 110 chaînes, la radio avec trois ou quatre radios. Aujourd’hui, avec le numérique, nous sommes en concurrence avec des milliards de personnes, et même avec l’individu qui filme l’événement avec nous », explique Bénédicte Gambey, directrice régionale de Nouvelle-Calédonie La 1ère. La force des télévisions généralistes sont leur production de contenu de proximité, de qualité et vérifié. Mais la publicité qui permettait de le financer est de plus en plus difficile à obtenir, notamment pendant la crise du Covid où le système était sérieusement mis en difficulté, alors que paradoxalement, les audiences étaient toutes à la hausse.

Certaines chaînes, publiques et privées, mutualisent leurs moyens pour obtenir des droits de diffusion du sport ou bien des documentaires. Comme Nouvelle-Calédonie 1ère qui récupère de droits de diffusion de documentaires qui étaient d’abord la propriété de Canal + Nouvelle-Calédonie. Du côté de TNTV, « on a décidé d’envahir le monde », sourit Mateata Maamaatuaiahutapu, la directrice. Depuis 2017, la chaine diffuse des programmes uniquement locaux sur un canal accessible depuis les box en France, Nouvelle-Zélande, Wallis-et-Futuna et en Australie. « Nous faisons des sondages régulièrement et aujourd’hui nous en sommes à 200 000 connexions régulièrement. C’est un bon début et j’espère qu’on va continuer à se développer comme ça. » Pour Mayia Letexier, ancienne directrice Antenne Réunion et vice-présidente du Spadom, la stratégie avait été placée à trois niveaux sur sa chaîne : « Offrir une information précise, locale, pour traiter des sujets de territoire ; aller vers les jeunes grâce aux réseaux sociaux comme le journal info sur TikTok ; et dupliquer le programme TV sur le digital. » Pour elle, les plateformes comme Netflix ne traitent pas des sujets de proximité comme peuvent le faire les télévisions généralistes.

Les réseaux sociaux sont un véritable challenge pour les télévisions locales, qui parfois manque de réactivité. Bénédicte Gambey, directrice régionale de Nouvelle-Calédonie La 1ère, note que « c’est un challenge technologique : il faut pourvoir être à l’affut de toutes les dernières technologies et s’adapter rapidement ». Une course sur laquelle Mateata Maamaatuaiahutapu s’interroge : « Est-ce qu’on suit cette évolution effrénée ou on revient à notre métier de base qui est de faire de la TV et être plus posé ? » Même si elle reconnait le besoin d’innover pour résister. Si les réseaux sociaux permettent d’élargir la présence des chaînes sur l’espace public, leur challenge est de réussir à ramener leur public vers leur propre site internet ou télévision. C’est d’ailleurs l’avenir pour Polynésie La 1ère affirme Tepiu Bambridge, responsable du service communication de la chaîne : « Tout contenu télévisé est proposé sur notre site internet, et parfois diffusé sur Facebook. Mais notre politique à l’avenir est de ramener le public sur le site : Polynésie 1ère et France.TV. » Ce que confirme Bénédicte Gambey de Nouvelle-Calédonie : « Il y a en plus des questions de droits d’auteurs, d’images, ce n’est pas possible de tout diffuser sur les réseaux sociaux. Nous préférons privilégier notre site et réserver les réseaux sociaux à la promotion de la chaîne. »

Tous s’accordent sur la vraie différence apportée par les télévisions généralistes qui leur permettra de toujours garder un lien fort avec leur public : l’offre de contenus de proximité et de qualité. Proposer une programmation qui a du sens pour continuer à tisser le lien entre les communautés et à promouvoir la culture locale.

Les projets du Spadom pour défendre les télévisions

Chahine Fazel, délégué général en charge de la télévision au Spadom (syndicat des professionnels de l’audiovisuel des départements d’Outre-Mer) donne les chiffres du défi qui se présente aux télévisions : « Netflix, c’est 24 milliards de dollars de chiffre d’affaires par mois. À titre d’exemple, TF1 est valorisé à hauteur de 1,5 milliard d’euros (1,6 milliard de dollars). Les sociétés nationales elles-mêmes sont submergées par cette déferlante des plateformes. » Le Spadom défend le rôle et la place des télévisions généralistes auprès des pouvoirs publics : « Les plateformes dominent le paysage mondial mais il en va de la souveraineté de la France ! Nous sommes les seuls à nous intéresser réellement à qu’attendent les populations locales, à savoir ce qu’il se passe chez elles. Alors que les Gafa déversent des tombereaux de fake news. Nous donnons une information vérifiée et nous avons une responsabilité sur ce que nous diffusons. Toutes ces télévisions au sein du Spadom représentent des milliers d’emplois. Il en va de la richesse de nos pays. » Pour Chahine Fazel, ces télévisions sont un espace d’expression où les gens peuvent débattre, discuter. Le syndicat mène plusieurs projets : faire passer une loi sur l’audiovisuel, mieux répartir le budget du service d’information du gouvernement (pour les campagnes nationales sur des politiques publiques) et enfin trouver une solution concernant les coûts de diffusion, actuellement exorbitants car les signaux doivent passer par Paris avant de revenir vers les îles.

Lucie Rabréaud – FIFO