C’est une tradition du FIFO : organiser une soirée spéciale à la veille de l’ouverture du festival. Cette année, c’est le film maori Cousins qui a été projeté dans la salle du Grand Théâtre de la Maison de la Culture. Adapté du roman éponyme, ce film revient sur l’histoire de trois cousines maories. Une histoire écrite, réalisée et interprétée par des femmes maories.
Trois femmes, trois parcours, trois points de vue… Le film Cousins raconte la vie de trois cousines maories au destin différent. Elles sont liées par le sang mais séparées par les circonstances. Mata est enlevée à sa famille et vit une enfance solitaire, dans la peur. Makareta s’enfuit d’un mariage arrangé pour étudier le droit. Missy, elle, prend le rôle de gardienne de la terre. Les deux femmes se sont fait une promesse : ramener Mata, leur cousine volée, à la maison… Adapté du roman éponyme de Patricia Grace, publié en 1992, Cousins met en exergue le regard des femmes Maories sur leur vie et l’impact de la colonisation britannique. Le roman a été écrit par une Maorie, le film a lui aussi été réalisée par deux femmes maories. « Il était temps qu’on entende et voit des histoires sur des femmes maories car il y avait une grande sécheresse à ce niveau-là dans le milieu. C’est pourquoi j’avais très envie de raconter cette histoire mais aussi pour donner envie aux femmes maories de passer derrière caméras. », raconte la co-réalisatrice Briar Grace-Smith, lors d’une rencontre Zoom quelques minutes avant la projection du film au Grand Théâtre, lundi soir. Il aura fallu attendre des années pour voir ce roman adapté sur grand écran. Car il aura fallu attendre que le temps fasse son œuvre et que l’époque évolue, enfin, pour voir émerger des femmes maories derrière la caméra mais aussi sur grand écran.
Se raconter
Bria Grace-Smith s’est entourée d’une autre réalisatrice pour écrire le scénario, Ainsley Conder. Si la démarche de co-réaliser peut paraître étonnante pour un film de fiction, elle prend tout son sens dans sa construction. « On savait qu’on aurait la même vision et on s’était dit qu’on était pas obligé d’avoir qu’une seule réalisatrice. C’était même un plaisir car je n’ai pas toute la responsabilité, j’avais quelqu’un pour m’épauler. On avait des désaccords avant le tournage mais pas sur le plateau. On a toutes les deux décidé quelles scènes nous inspiraient et qu’on avait envie de réaliser. Pour le montage, on était ensemble en salle de montage et on a monté en quatre semaines pendant le confinement par Zoom ». De la page à l’écran, il aura fallu quatre ans aux réalisatrices qui ont dû aussi faire face à un autre challenge. Celui de trouver les bonnes actrices pour interpréter les rôles des personnages à leur âge différent : enfant, jeune adulte et adulte. Un casting difficile puisqu’il a fallu trouver des enfants et des actrices maories. « On a cherché dans la région d’où était originaire les protagonistes du livre. On a fait passer beaucoup d’auditions aux enfants dans de nombreuses écoles. On devait trouver des enfants avec du talent mais qui devaient aussi incarner l’esprit des actrices plus âgées. C’était un immense un puzzle », raconte la réalisatrice à Franck Philippon, scénariste émérite qui anime cette rencontre avant projection au Grand Théâtre. Une projection qui n’a pas laissé de marbre le public polynésien de la Maison de la Culture.
Le lien, cet élément essentiel
Heimiti est étudiante à l’ISEPP, elle est venue avec ces camarades de classe pour cette soirée. Toutes ont ressenti de l’émotion à la fin de cette projection spéciale du FIFO. « J’ai pleuré … Ce film m’a beaucoup touchée, on est tous des frères, on est tous liés », confie la jeune étudiante. Sa camarade, Hererii, elle, a été touchée par ce lien fort entre les membres de la famille de ces trois cousines. « C’est inspirant et ça montre aussi l’importance du lien et de l’attachement à la terre des ancêtres ». Tevahitua, étudiant en master à l’université de Polynésie française, lui, s’est identifié aux protagonistes du film. « Je me suis reconnu en tant que Polynésien dans ce lien par rapport à la famille et à la terre, surtout nous qui vivons actuellement une fluctuation immobilière. Le retour et la notion de la terre est important et n’est pas une question économique mais d’appartenance et d’identité », explique le jeune homme de 23 ans. L’histoire de ces trois cousines maoris résonne aux quatre coins de l’Océanie. C’est aussi ça la force du FIFO.
Article rédigé par Sulianne Favennec