C’est un chapitre historique méconnu de « la perle du Pacifique » : celui du passage des Américains sur l’île pendant la deuxième Guerre mondiale et des traces qu’ils ont laissées. Un film sélectionné hors compétition de ce 19e FIFO. Rencontre avec les protagonistes de Sur les traces des GI à Bora Bora

On est en 1942, 4 000 marins américains débarquent sur l’île de Bora Bora. L‘objectif : servir de base arrière et préserver l’île d’une possible invasion japonaise après l’attaque de Pearl Harbor à Hawaï. À l’époque, on est en temps de guerre, personne n’est au fait qu’ils arrivent. Ni à Bora Bora, ni à Tahiti. Alors quand les quelques 1 000 habitants découvrent toute cette armada, c’est le choc. « Le premier bateau arrive sur l’île le 22 janvier 42, sa mission est d’agrandir la passe et poser des balisages. Derrière arrive la grosse  flottille de six navires et leurs escortes chargées de matériels et d’hommes. C’est un choc d’autant plus qu’il s’agit du premier théâtre d’action extérieure des Américains. Ils iront bien plus tard vers les autres îles.», raconte Jean-Christophe Shigetomi. L’homme est historien, il est l’un des personnages du documentaire Sur les traces des GI à Bora Bora, il est celui qui apporte une vérité historique de cet épisode occultée mais qui méritait d’être rappelée. Grâce à des archives inédites et des saynètes de fiction retraçant l’histoire, le documentaire plonge le spectateur dans cette période qui a bouleversé la population

La parole se libère

Un bouleversement qui a laissé des traces, et pas seulement historique. Car si les Américains ont laissé des vestiges de leur installation, un certain nombre d’entre eux ont aussi eu des histoires amoureuses et des enfants… « Mon père est arrivé en 43 et est reparti en 44 peu de temps après ma naissance. Les militaires restaient un an seulement, quand mon père est reparti il n’avait aucun espoir de retour. J’ai longtemps pensé qu’il était mort, c’est ce qu’on m’avait raconté, mais en réalité non ! » , confie Lana, une enfant d’un GI, qui a pu retrouver son père des décennies plus tard. L’histoire de Lana n’est pas unique. Tepora est elle aussi une fille de GI. Née en 46, elle se souvient que ses cousins se moquaient d’elle en lui disant qu’on allait venir la chercher. « Il est reparti aux États-Unis quand ma mère était enceinte de six mois. J’ai pris conscience que j’étais une enfant de GI à seulement 5 ans mais j’ai longtemps renié d’être Américaine. Surtout que ma mère s’est remariée deux ans plus tard et notre beau-père m’a reconnue, puis on n’avait l’impression que ce passage des Américains n’avait jamais existé car il n’y avait pas de traces écrites ou de lettres. Ce n’est que maintenant que j’accepte, il faut dire aussi que ma fille s’est mariée à un Américain et a fait quatre enfants », raconte amusée Tepora. Si cette histoire a longtemps été passée sous silence, aujourd’hui, les choses changent. La parole se libère grâce notamment au travail historique de Jean-Christophe Shigetomi, qui a entamé ce chantier il y a déjà quelques années, mais aussi grâce à l’association des anciens combattants, et bien sûr grâce à ce documentaire qui a servi en quelques sortes de thérapie à de nombreux personnages. Malgré tout, le travail est loin d’être terminé. « Ces quelques jours au FIFO m’ont permis de comprendre qu’il fallait faire une suite. La quête du père et la libération de la parole ne viennent que maintenant, et il aura fallu tout ce temps pour y arriver, confie Lionel Boisseau, le réalisateur, Donc, là, on va vraiment essayer de faire une suite de l’histoire ». Une histoire qui pourrait bien, aussi, se retrouver au FIFO.  

 

Article rédigé par Sulianne Favennec