Même si les allées du FIFO n’étaient pas autant remplies de jeunes polynésien(ne)s avec l’annulation de la journée des scolaires puis celle de la programmation publique pendant deux jours, ils restent au cœur du festival. Ils sont à l’organisation, parmi les professionnels, dans le jury ou encore dans les ateliers, la jeunesse est promue à tous les niveaux !

Percy Neagle et Hanaiti Papara, tous deux étudiants à l’Isepp dans la filière info-com, tenaient un stand au Fifo où il s’agissait de se faire tirer le portrait devant un grand fond vert avant de se retrouver projeter sur une affiche du festival. Le premier, c’est une rencontre avec une réalisatrice, qui lui a permis de déterminer sa voie : travailler dans l’événementiel pour promouvoir sa culture. «Je suis un admirateur du travail de Hinaleimoana Wong-Kalu (elle a notamment présenté le court-métrage d’animation Kapaemahu et était l’héroïne du film Kumu Hina). Voir comment elle travaillait, son intérêt pour la culture māhū m’a donné envie de promouvoir aussi ma culture.» Pour Percy Neagle, l’audiovisuelle et le numérique sont en secteurs en plein développement avec de nombreux futurs nouveaux métiers. Hanaiti Papara se souvient d’être venue au Fifo alors qu’elle était plus jeune. À l’époque, elle y accompagnait ses grands-parents et c’était plutôt «une corvée», reconnait-elle, mais aujourd’hui son regard a bien changé car étant au cœur du festival, elle en connait les coulisses et adore ! Tous les deux faisaient partie de la vingtaine de stagiaires, étudiants à l’Isepp, et présents sur le FIFO pour participer à son organisation. «Le rythme du FIFO est intense car les horaires sont liés à l’événementiel. Ils relaient la communication de la programmation, font des vidéos, partagent des storys… J’ai vu que des personnes reprochaient les fautes d’orthographe sur certains posts mais ça fait partie de la transmission, nous voulons laisser la place à cette jeunesse alors parfois il y a des fautes d’orthographe, ils font des erreurs, ils apprennent. Ils font preuve d’une très grande créativité», s’enthousiasme Laura Théron, déléguée générale du FIFO mais aussi enseignante en communication et nouveaux médias à l’Isepp

S’ils n’ont pas d’obligation à faire leur stage au FIFO, beaucoup de la filière information-communication, choisissent cet événement pour leurs semaines de stage obligatoires dans le cadre de leurs études. Peut-être attirés par la pédagogie de Laura Théron qui aime leur laisser «carte blanche» sur les nouveaux médias. «Depuis 3 ou 4 ans, le FIFO a son compte TikTok, c’est eux qui l’ont créé. Alors bien sûr même si c’est plus divertissant, fun, et léger, il faut construire les choses et donc ils doivent écrire un scénario, le proposer et le faire valider au responsable de la communication puis le tourner et le monter. Ça fait partie des choses que je trouve très valorisantes : la transmission dans la partie organisationnelle et pas seulement sur les films et les histoires du Pacifique. C’est eux la Polynésie de demain, il faut qu’ils prennent leur place dans le paysage professionnel polynésien.» Ils semblent tous bien s’amuser et dévoilent effectivement leurs talents avec humilité, n’hésitant pas à se mettre en scène et à faire preuve d’humour pour communiquer sur le FIFO, festival plutôt sérieux par ailleurs. Ce qui n’empêche pas leur professionnalisme, toujours prêts à accompagner des festivaliers ou le public, à participer à l’événement peu importe les aléas et cette année ils ont été servis.

La jeunesse est également présente du côté des professionnels avec ceux qu’on aime appeler les «bébés FIFO» que sont Heretu Tetahiotupa (après un atelier, puis le pitch, il a présenté son documentaire qui a été primé deux fois) ou Hollie Fifer (venue pitcher son documentaire au FIFO, elle a également été primée au festival). Le premier faisait partie du jury et la seconde animait l’atelier de l’Oceania Impact Pitch. C’est également du côté des films en sélection que l’on trouvait des jeunes: Lino Cosso était l’un des deux réalisateurs tous droits sortis de la filière cinéma-audiovisuelle du lycée Paul Gauguin qui avait un court-métrage de fiction sélectionné pour la 14eNuit de la fiction. «J’ai connu le Fifo au lycée. C’est intéressant de pouvoir interagir avec le public et les professionnels. C’est un festival qui donne envie et qui motive ! Quand tu regardes un film et ensuite tu peux rencontrer les équipes qui ont réalisé et produit le film, jamais je ne me suis dit que ça pourrait être moi, mais ça m’a donné envie de faire des films, de la vidéo, des courts-métrages. Et aujourd’hui, mon film a été sélectionné, ça m’a boosté!» Aujourd’hui, il suit des études de cinéma en France et espère devenir chef opérateur à Tahiti. Il aura peut-être l’occasion de montrer à nouveau ses talents avec la nouvelle catégorie ouverte aux moins de 26 ans pour l’appel à films du FIFO : le mini film festival. Deux catégories ont été ouvertes: une pour les moins de 18 ans et une autre pour les 18-26 ans. «Je pense que nos jeunes ont énormément de talents mais ils doutent d’eux-mêmes. Nous sommes un petit milieu, c’est donc difficile de se confronter ou tout simplement d’être rassuré sur son talent.» Ces nouvelles catégories ont donc été ouvertes pour eux, pour les encourager à se lancer. «Ils ne demandent qu’à être encouragés et je pense qu’une bonne manière de se rassurer est d’oser livrer quelque chose, même si ce n’est pas parfait. Le concours permet de voir ce qui va être retenu, ce qui va être primé et pour ceux qui ne le seront pas d’avoir envie de faire mieux. C’est une source d’inspiration. Je veux créer cette fenêtre d’opportunité.»

Les jeunes ont également été encouragés à venir au festival cette année avec une politique tarifaire particulièrement favorable : la gratuité pour tous les jeunes de moins de 26 ans. Et comme chaque année de nombreux ateliers étaient organisés pour s’initier ou se perfectionner à l’écriture, le reportage, le montage… Même si ceux-ci ont été touchés par les annulations, ils ont été re-programmés dès que la situation le permettait. Le retour du pitch est aussi un tremplin particulièrement efficace pour faire vivre des projets ambitieux menés par des professionnels qui parfois débutent. Pour Laura Théron, il est indispensable d’encourager les jeunes à venir sur ce genre d’événements qui ouvrent au monde, permettent des découvertes et contribuent finalement à nous forger. «Le FIFO, c’est leur festival», assure avec force la déléguée générale.


Le mini film festival

Cette nouvelle catégorie est ouverte aux moins de 18 ans et aux personnes âgées de 18 à 26 ans. Il s’agit de proposer un film entre une et trois minutes. Portrait, paysage, reportage, documentaire, fiction… Tout est accepté. « Ça fait plusieurs années qu’on reçoit des films un peu débutants au FIFO mais le festival est une compétition internationale et nous ne pouvons pas intégrer certains courts films locaux, pas suffisamment aboutis, à la sélection officielle. Nous avons donc choisi d’ouvrir un autre concours avec des bornes spécifiques », explique Laura Théron, qui espère que des enseignants s’empareront de cet événement comme d’un projet pédagogique. 

• Appel à films ouvert du 15 mars au 15 septembre 2024. Formulaire d’inscription en ligne sur www.fifotahiti.com.


L’éducation par l’image avec les Céméa

Les Centres d’entrainement aux méthodes d’éducation active (Céméa) de Polynésie française étaient les partenaires pour la deuxième année consécutive du FIFO. Eux-mêmes organisateurs d’un festival, le Festival international du film d’éducation (FIFE) qui existe depuis 20 ans en France et est organisé à Tahiti depuis quelques années, les Céméa ont proposé une projection de films choisis à un public familial pendant le week-end du FIFO. Neuf courts-métrages sélectionnés parmi ceux projetés lors du FIFE ont été proposés, sur des thèmes variés : la famille, l’amitié, le respect mais également de quoi s’éduquer à l’image avec des films créatifs et fantastiques. « Ces films nous permettent d’aborder des thématiques qui peuvent être difficiles comme le handicap, le harcèlement, l’isolement, de manière légère et adaptée à un jeune public », précise Tehina Limousin, directrice des Céméa de Polynésie française. Des discussions étaient ensuite menées par l’équipe des Céméa avec les enfants sur les vidéos projetées. L’organisation permettait aux parents de rester ou bien de laisser leurs enfants pour profiter des projections au petit et au grand théâtre. 

• FIFE : plus d’infos sur https://cemeapolynesie.org/ ou la page Facebook CEMEA de Polynésie